Quand élection rime avec émotions

Un sentiment de plénitude m’envahit, comme lorsqu’on aperçoit enfin le fil d’arrivée d’une interminable course. Alors que nous entamons la dernière ligne droite avant le jour du scrutin, quelles émotions suscite ce marathon électoral chez les Canadiens?

Il y a environ 10 ans, le psychologue américain Drew Westen affirmait que « le cerveau politique est un cerveau émotionnel ». Les études sur la corrélation entre le comportement et les sentiments des électeurs font ressortir trois principales émotions : la peur, la colère et l’enthousiasme. Les effets de l’enthousiasme et de la colère sont relativement similaires : ils poussent les électeurs à adhérer aux lignes de leur parti et à se rendre aux urnes. Autrement dit, ils consolident l’électorat et font sortir le vote. En revanche, la peur peut avoir l’effet inverse, car elle favorise généralement l’ouverture d’esprit et l’apprentissage. Par conséquent, la peur est l’émotion capable d’influencer les électeurs indécis. Il suffit de penser au niqab…

Souvenez-vous que nous avons formé un groupe d’électeurs (Rendre au terme « opinion publique » son sens véritable) agissant à la façon d’un groupe d’experts. Ces derniers ont accepté de nous faire part de leurs réflexions, opinions et émotions sur le déroulement de la campagne. Notre méthodologie repose sur la profondeur et l’étendue des commentaires formulés par ces électeurs de toutes allégeances politiques. Les médias, les sondeurs et les agrégateurs nous dressent un portrait global de la situation, mais que découvre-t-on lorsqu’on pousse l’exploration plus loin? Allons voir.

La fin de semaine dernière, nous avons communiqué avec les membres de notre groupe d’électeurs pour 1) savoir quelle émotion leur inspiraient l’élection et la situation générale du pays entre la peur, la colère, l’enthousiasme et l’indifférence; et 2) les inviter à rédiger un court texte expliquant leurs émotions. Voici ce qui se dégage de l’exercice :

Un nombre important de partisans conservateurs ont peur. Certains sont enthousiastes, peu se disent indifférents, et très peu ressentent de la colère.

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Un vaste groupe de partisans néodémocrates éprouvent aussi de la peur, suivis de près par ceux qui sont en colère. Les enthousiastes et les indifférents sont moins nombreux.

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Une part importante des électeurs libéraux expriment également de la peur, tandis que les autres se divisent en parts presque égales entre l’enthousiasme et la colère. Peu d’entre eux manifestent de l’indifférence.

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L’élément le plus frappant à la lecture des explications de nos panélistes est l’omniprésence de Stephen Harper. À l’inverse, très peu font allusion à Justin Trudeau, et aucun à Tom Mulcair, même pas ses sympathisants.

Les partisans néodémocrates et libéraux ont attribué leur peur au spectre d’un nouveau gouvernement Harper, peut-être même majoritaire. De même, ceux qui se disent principalement enthousiastes évoquent la perspective d’un Canada post-Harper, mais pas nécessairement d’un gouvernement néodémocrate ou libéral, différence qu’il convient de souligner.

Les militants conservateurs disent craindre une défaite de Stephen Harper et ses répercussions néfastes sur l’économie et la sécurité nationale (menace terroriste). Malgré l’enthousiasme des partisans néodémocrates et libéraux, le camp conservateur compte plus de « véritables adeptes », aussi fervents défenseurs de Harper et du Parti conservateur que détracteurs des autres partis.

Voici quelques commentaires de nos panélistes :

« Les gens ne réfléchissent pas de manière stratégique; le vote libéral est divisé entre le NPD, le Parti libéral et le Parti vert. Il faut se débarrasser de Harper et des conservateurs, mais le fractionnement du vote en trois est inquiétant. »

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« Je me réjouis à la perspective de porter au pouvoir un nouveau premier ministre et un nouveau parti. »

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« Le monde entier nous respecte, notre premier ministre est un homme d’État exemplaire et nos familles ont des moyens financiers tout à fait raisonnables. C’est avec fierté que j’appuie un gouvernement qui a enfin respecté TOUTES ses promesses électorales. »

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« Je m’inquiète de la vague de réfugiés qui immigrent au Canada. Nombre d’entre eux sont violents et réfractaires aux lois de notre pays. »

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« J’ai peur que les conservateurs restent au pouvoir et continuent de causer des préjudices irréparables au Canada. »

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« Je me réjouis à l’idée d’un gouvernement dirigé par un autre premier ministre que Stephen Harper. »

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« L’éventuel fractionnement du vote progressiste et notre système électoral dans son ensemble m’irritent. J’enrage à l’idée que les conservateurs puissent être réélus avec moins de 40 % des votes. »

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« Le NPD est le mieux placé pour détrôner Stephen Harper et mettre de l’avant des programmes raisonnables et réfléchis… »

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Le manque d’enthousiasme réel des partisans néodémocrates et libéraux à l’égard de leurs chefs dans cette course électorale on ne peut plus serrée donne à penser que cette peur de Harper crée les conditions idéales pour le fractionnement des votes entre les progressistes. Cela représente un défi pour chacun des trois partis. L’un d’eux saura-t-il rallier un maximum d’appuis, ou le vote progressiste se divisera-t-il au profit des conservateurs?

Le 19 octobre, les Canadiens devront faire un choix. Dans cette élection où rien n’est encore joué, les échanges avec notre groupe d’électeurs nous permettent d’affirmer qu’ils seront guidés par leurs émotions dans l’isoloir.

 

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