Ne reste plus qu’à attendre

TOUT PEUT ENCORE CHANGER EN 72 heures

Nous voyons enfin poindre le fil d’arrivée de la plus longue campagne électorale de l’histoire du Canada. Maintenant que les chefs ont affiché leurs couleurs et exposé leurs plateformes, les coups de théâtre s’annoncent improbables, exception faite des attaques de dernière minute pour arracher quelques votes aux adversaires.

Les partis entament la dernière étape de la campagne : l’incitation au vote. Les bureaux de vote par anticipation ont enregistré une hausse d’achalandage fulgurante. Les données provisoires d’Élections Canada révèlent que 3,6 millions de personnes ont déjà voté, soit 71 pour cent de plus par rapport à l’élection de 2011, vendredi et lundi constituant les deux jours les plus occupés de l’histoire du vote par anticipation. Élections Canada se demande si cela ne serait pas attribuable à l’ajout d’une quatrième journée de scrutin anticipé. La longue fin de semaine et la lassitude de cette interminable campagne ont peut-être contribué, elles aussi.

Au Québec, les sondages confirment l’effritement des appuis de Mulcair au profit des libéraux de Trudeau. Le sentiment anti-Harper y demeure palpable, et plusieurs croient que les Québécois, guidés par les principes du vote stratégique, prendront d’abord le pouls des autres électeurs avant d’arrêter leur décision. Du côté de l’Ontario, province à forte rentabilité électorale où les chefs tenteront désespérément de consolider leurs appuis cette fin de semaine, les sondages penchent en faveur des libéraux. L’ultime tournée des chefs sera en dira long sur les circonscriptions où ils espèrent réaliser des gains.

L’appui au NPD demeure fort dans certaines régions, à commencer par Edmonton, où le parti pourrait ajouter deux nouveaux sièges à celui d’Edmonton–Strathcona occupé par Linda Duncan. On s’attend également à ce que les libéraux arrachent deux ou trois sièges à Calgary, gagnant ainsi du terrain dans le château fort conservateur qu’est l’Alberta.

Au bout du compte, rien n’a vraiment changé depuis le lancement de la campagne le 2 août dernier : les trois principaux partis sont encore dans la course, et il est toujours aussi difficile de prédire l’issue de cette élection qu’au premier jour. Parmi les nombreuses variables inconnues à surveiller le jour du scrutin, citons le fractionnement du vote au Québec, les gains des libéraux dans la région métropolitaine de Toronto et le recul du NPD dans les circonscriptions à forte activité manufacturière. Ajoutons à cela l’important bassin d’électeurs indécis, dont le choix fera assurément pencher la balance lundi prochain.

LA SUITE DES CHOSES

À ce stade, il est impossible de prédire l’allure du prochain gouvernement, si ce n’est qu’il devrait être minoritaire. Trois scénarios sont donc envisageables :

1. Un gouvernement libéral minoritaire. Le cas échéant, les néodémocrates ont fait savoir qu’ils collaboreraient avec les libéraux pour créer une pluralité. Bien qu’improbable, un gouvernement néodémocrate minoritaire demeure une possibilité.

2. Un gouvernement conservateur minoritaire fort, qui ne pourrait être défait que par une coalition entre néodémocrates, libéraux, verts et bloquistes. Si ce scénario se concrétise, les conservateurs n’auraient d’autre choix que de s’associer à un autre parti si Harper souhaite conserver le titre de premier ministre.

3. Un gouvernement conservateur minoritaire faible. Si libéraux et néodémocrates remportent ensemble une majorité de sièges, les deux partis ont déjà fait savoir qu’ils n’appuieraient pas un gouvernement conservateur minoritaire, qui serait promis à des débuts tumultueux et à une courte durée de vie.

Le premier ministre du Canada, quel qu’il soit, aura beaucoup de pain sur la planche. Il lui faudra d’abord former son cabinet, ce qui devrait être fait en novembre, à moins qu’un gouvernement conservateur minoritaire faible ne soulève des problèmes de confiance. Viendra ensuite une longue liste de points à régler immédiatement, avant même de s’attaquer aux priorités énoncées durant la campagne. Quatre rencontres internationales sont prévues en novembre, à savoir les sommets de l’APEC et du G20, la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth et la Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à Paris. C’est sans compter l’expiration de l’Accord sur le bois d’œuvre résineux, le dévoilement prochain du contenu du Partenariat transpacifique et les mesures de rétorsion qui planent sur les États-Unis concernant l’étiquetage indiquant le pays d’origine. Après plus de deux mois sans gouvernement fédéral en poste, le Canada a du retard à rattraper.

Advenant l’élection d’un nouveau premier ministre en la personne de Mulcair ou de Trudeau, il lui incombera d’apaiser les craintes et de mettre son cabinet et son caucus au diapason des électeurs. Le nouveau chef du gouvernement devra rapidement prouver son aptitude à gérer les finances du pays par l’intermédiaire d’un énoncé économique ou d’une série d’annonces et de discours, comme l’a fait la première ministre de l’Alberta Rachel Notley. L’industrie extractive compte elle aussi son lot de dossiers urgents. Les deux chefs se sont engagés à revoir le processus d’évaluation environnementale; nombre d’entreprises y ont consacré beaucoup de temps et de ressources, et l’industrie attend une réponse rapide.

Il ne reste plus que 72 heures avant de connaître le grand gagnant de ce marathon électoral où rien n’est encore joué!

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